Archives pour la catégorie Presse

Mondomix (10/06/2014)

« Makan » de Driss el Maloumi

Ouvert à toutes les expériences pourvu qu’elles enrichissent sa musique, Driss el Maloumi, virtuose du oud et directeur du Conservatoire d’Agadir, a accompagné de grands noms comme Jordi Savall, Paolo Fresu ou Montserrat Figueras avant de rejoindre Ballaké Sissoko et Rajery dans l’excellente formation 3MA. Mais c’est en toute discrétion, épaulé notamment par son frère percussionniste et sa sœur chanteuse, qu’il a choisi d’enregistrer les treize compositions de ce superbe album. Pas un titre ici qui ne reflète la grande sensibilité du jeu d’el Maloumi, la hauteur de son art et l’impressionnante richesse de son inspiration. Nul besoin d’être initié à la musique classique arabe pour goûter ces précieux instants de sérénité et de délicatesse mélodique.

Louis-Julien Nicolaou

http://www.mondomix.com/news/makan-de-driss-el-maloumi

Telerama (12/04/2014)

C’est dans l’air

L’oud connaît un nouvel âge d’or. Deux disques aux univers radicalement différents le confirment.

Débridé du côté du jazz et des musiques improvisées (Anouar Brahem, Dhafer Youssef, Marcel Khalifé, Rabih Abou-Khalil), passé par la moulinette électro (Smadj) ou embrasé en version chorale (le Trio Joubran), l’oud connaît depuis les années 2000 un nouvel âge d’or sur la scène internationale. Les disques presque parfaits de deux compositeurs aux univers radicalement différents le confirment. Sur Makan (1) , le Marocain Driss El Maloumi rénove le luth arabe avec une classe folle et beaucoup de profondeur. Ancré dans la tradition harmonique et ornementale d’Orient, le maître d’Agadir, ancien compagnon de route de Jordi Savall, en synthétise les couleurs, amazigh, berbères ou andalouses, cultivant la nuance qui fait la différence, flirtant aussi avec le blues. On apprécie la variété et la modernité des modes de jeu. Ainsi que la subtilité d’un musicien qui se révèle moins dans la démonstration de virtuosité que dans l’élégance du son et la volubilité du swing. Seul regret : l’ordre des titres, assez incohérent.

Pochette soignée, dramaturgie efficace, tout en contrastes et ruptures de rythmes : l’oudiste palestinien Adnan Joubran, lui, sait mieux se mettre en valeur, sans l’élégante maturité de son aîné, mais avec une audace romantique qui fait des merveilles. Sur Borders behind, le benjamin de la fratrie Joubran s’envole en solo, dévoilant un imaginaire intimiste traversé par les rythmiques indiennes et flamencas : avec percussions orientales, tablas (Prabhu Edouard, tout simplement époustouflant), cajon et palmas. Un violoncelle ajoute une note classique très occidentale à ce répertoire en fusion, entre bulería, dabke et raga, où la passion le dispute au rêve. Seul le saxo trop mielleux du pourtant légendaire Jorge Pardo, qui se fend tout de même de quelques ponctuations de flûte lumineuses, est en trop.

Anne Berthod

(1) Makan, Driss El Maloumi, 1 CD Contre-jour/Socadisc .
(2) Borders behind, Adnan Joubran, 1 CD World Village/Harmonia Mundi .

http://www.telerama.fr/musiques/c-est-dans-l-air,110796.php

LesInrocks (mars 2014)

Driss el Maloumi, l’indispensable.

Driss el Maloumi est de ces musiciens miraculeux dont l’écoute, parce qu’elle nous rend meilleurs, devient très vite indispensable. Chaque note qu’il tire de son oud paraît inspirée par une âme très pure, chacune de ses mélodies, chacune de ses flèches rythmiques, par une nécessité située au-dessus du commun des musiciens. D’où l’apaisement et la joie que procure son dernier disque, Makan, chef-d’oeuvre enregistré à Agadir, où Driss occupe le poste de directeur du Conservatoire. Dans l’intimité, accompagné de son frère Saïd, très bon joueur de zarb, et de sa soeur Karima au chant, ainsi que de Lahoucine Baqir aux percussions, el Maloumi a su façonner un temps et un espace parfaitement sereins, d’une immense clarté et d’une beauté dont on sait déjà qu’elle sera inaltérable.

http://www.lesinrocks.com/2014/02/04/musique/le-monde-des-musiques-du-monde-28-11467792/